Pétrouchka & L'Enfant et les sortilèges au Komische Oper : que faire après un succès ?

Xl_petrouchka-enfant-et-les-sortileges © DR

On l'attendait ce spectacle. Créée en 2012 au Komische Oper, La Flûte enchantée de la compagnie britannique 1927 était un incroyable mélange d'animations vidéo et de trucages (à découvrir à l'Opéra-Comique de Paris en novembre prochain), poussant  loin l'enchantement visuel et sonore. Pour leur deuxième essai lyrique, les concepteurs londoniens (Suzanne Andrade, Esme Appleton et l'animateur Paul Barritt) se confrontaient en outre à deux des œuvres les plus magiques du XXe siècle : Pétrouchka de Stravinsky et L'Enfant et les sortilèges de Ravel, ce qui relevait encore le degré d'excitation.


(c) Iko Freese | drama-berlin.de


(c) Iko Freese | drama-berlin.de

Eh bien, qu'en est-il ? Difficile de se prononcer pour ceux qui n'ont pas vu le précédent spectacle, mais la déception est bien réelle. A priori, les ingrédients sont identiques : on retrouve les mêmes animations projetées sur un écran, avec cette fois d'authentiques objets qui interagissent sur la scène, créant de belles confusions entre virtuel et réalité. Pétrouchka se double même de véritables acrobates (Pauliina Räsänen, Slava Volkov) et d'un délicieux épisode avec un trampoline qui anime la scène avec un réjouissant esprit circassien. Et pourtant, est-ce la répétition de la même formule ? Ou bien le fait que les références sont cette fois trop proches des œuvres mêmes (la compagnie se nomme « 1927 » en hommage à cette époque, et l'opéra de Ravel a été créé en 1925) ? Ici, nulle dimension iconoclaste comme dans leur Flûte enchantée, où la Reine de la Nuit se transformait en reine araignée, et Papageno en Buster Keaton au pays de Nosferatu. Dans Pétrouchka, l'hommage au cinéma muet et au constructivisme soviétique illustre finalement ce que l'on sait déjà du ballet. Bien sûr, l'humour est toujours présent, et certaines trouvailles ravissent, mais l'orchestre du Komische Oper dirigé par Markus Poschner n'est pas exempt d'imperfections, notamment les cuivres, si bien qu'il reste l'émotion que transmettent les comédiens, notamment Tiago Alexandre Neta Fonseca, délicieux clown qui évoque irrésistiblement la pureté de Charlot.

L'Enfant et les sortilèges, qui suivait après l'entracte, pouvait rattraper cette demi-réussite. Etrangement encore, les metteurs en scène poursuivent les mêmes recettes, et si certains tableaux de l'opéra de Ravel tombent à plat, comme l'inénarrable duo de la tasse chinoise et de la théière, d'autres  comme celui de la princesse tout droit sortie d'un comics captent très finement la magie éphémère de l'enfance. Il y a même une vision très noire et cruelle de l'enfance dans tout le tableau final du jardin, qui finit par épouser en partie la sublime portée de la musique de Ravel. Vocalement, la troupe du Komische Oper ne se distingue guère, avec une prononciation du français perfectible, malgré la jolie performance scénique de la sculpturale Nadja Mchantaf, grimée ici en boy scout joufflu.

Que faire donc après un succès ? Se renouveler entièrement, en modifiant entièrement sa manière, ou creuser plus profondément son sillon ? Les metteurs en scène de ce Pétrouchka / L'Enfant et les sortilèges ont choisi la deuxième option. Certes, la magie est bien là, intermittente, mais finit par relever du procédé.

Laurent Vilarem
(le 28 janvier 2017)

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