King Arthur au Staatsoper de Berlin : une enfance britannique

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Rare à la scène, King Arthur est resté célèbre pour l'Air du Froid popularisé dans les années 80 par un Klaus Nomi blafard. Plus récemment, Shirley et Dino ont réussi une mise en scène drolatique de l'ouvrage avec la participation loufoque d'Hervé Niquet. Deux extrêmes, l'un marqué par l'ombre de la maladie, l'autre par la franche rigolade, qui ne déploient pas la réelle mesure du semi-opéra de Purcell créé à Londres en 1691. Qu'en est-il de cette version mise en scène au Staatsoper de Berlin ?


Le Roi Arthur, Staatsoper Berlin (2017)


Le Roi Arthur, Staatsoper Berlin (2017)

Donné dans des dialogues parlés en allemand (ce qui réserve la soirée en partie à des spectateurs pleinement germanophones), ce King Arthur choisit un entre-deux: d'abord sage, la scène se remplit progressivement de gags et de plaisanteries. Difficile de retrouver une cohérence dans un ouvrage en grande partie théâtral, où les parties chantées détonnent le plus souvent par rapport à l'ensemble. Les metteurs en scène Sven-Eric Bechtolf et Julian Crouch optent pour une réactualisation en forme de conte. Nous sommes en plein conflit mondial 39-45 : un enfant perd son père à la guerre mais ce dernier lui réapparait en Roi Arthur dans ses rêves, bientôt aidé par son grand-père Merlin pour libérer Emmeline du méchant Oswald. Ce procédé crée de belles images innocentes, formidablement soutenues par un alliage de costumes, de lumières et de danses qu'on regarde avec l'œil émerveillé d'un enfant. Certains décors réservent une vraie magie baroque, notamment le sacrifice païen, les sirènes ou la forêt féérique. Les sortilèges des sorciers et autres démons trouvent toujours de superbes équivalents visuels et sonores et ce n'est que dans l'interminable dernier acte que les metteurs en scène se prennent les pieds dans le tapis du patriotisme britannique, inhérent à cet ouvrage composé en l'honneur, rappelons-le, du roi Charles II.

Musicalement, la partition ayant été en partie perdue, seuls les véritables experts pourront démêler ce qui tient de la musique originelle, d'autres pièces purcelliennes ou à de purs et simples ajouts comme le très anachronique "Happy birthday to you" au premier acte. Remplaçant la Staatskapelle de Berlin (à peine rentrée d'une longue tournée internationale sous la direction de son chef Daniel Barenboim), l'Akademie für Alte Musik Berlin profite de la direction aiguisée, limpide et colorée du grand René Jacobs. Les comédiens célèbres Outre-Rhin (Michael Rotschopf, Hans-Michael Rehrberg, Max Urlacher) et les chanteurs (où se détachent Anett Frisch et Robin Johannsen) complètent une équipe engagée, au diapason du Staatsoper qui, semble-t-il, a mis tous les moyens en œuvre pour la bonne réussite de la soirée.

Un spectacle trop long sans doute (plus de trois heures), mais qui retrouve de belles images d'enfance pour dire en musique une enfance britannique.

Laurent Vilarem
(le 17 janvier 2017)

Le Roi Arthur, Staatsoper im Schiller Theater | du 15 au 22 janvier 2017

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