Adina au Festival Rossini de Pesaro : Belcanto de sucre glace

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En cette année de commémoration des 150 ans de la disparition de Rossini, le Festival de Pesaro qui lui est tout dédié ressuscite quelques œuvres rares du compositeur. C’est ainsi que cette année, on peut découvrir Adina, cet opera farsa en un acte composé en 1818 mais manifestement créé seulement en 1826 à Teatro San Carlos de Lisbonne et presque jamais repris depuis – peut-être parce que l’œuvre fait montre de peu d’originalités, reposant sur un livret reprenant les intrigues orientales de l’époque (de Zaïde à l’Enlèvement au Sérail) et une partition riche en emprunts.


Adina © Amati Bacciardi

Dans le cadre du festival, un gigantesque gâteau de mariage blanc et bleu domine la petite scène de l’élégant Teatro Rossini de Pesaro, alors que les préparatifs du mariage du Calife avec la jeune esclave Adina animent la scène. Après avoir été longuement courtisée, à contrecœur, la jeune femme a finalement accepté de céder aux avances de l’honorable vieux calife, quand bien même son cœur bat toujours pour son bien-aimé Selim. À la veille du mariage, Adina se décide néanmoins à rompre son engagement et à écouter son amour pour Selim, avec qui elle décide de s’enfuir avant les noces. Le plan sera néanmoins trahi par Ali, le serviteur du Calife. Fou de colère et de jalousie, le vieil homme s’empare de son infidèle bien-aimée et de son rival pour les condamner à mort. Adina tente de plaider la cause des deux jeunes amants, mais s’évanouit de terreur au pied du Calife. C’est alors que le souverain reconnait le médaillon qu’arbore Adina, confié bien des années plus tôt à Zora, son ancienne amante aujourd’hui disparue et avec qui le Calife avait eu une fille. Tout est bien qui finit bien : Adina est bien la fille disparue du Calife, les amants sont graciés et le mariage sera finalement celui d’Adina et Selim.

Adina est typique des œuvres de l’époque, offrant une large place à l’humour et l’esprit, multipliant les airs, duos, voire quatuors – notamment cet air original qui débute en aria d’Adina, pour évoluer en duo et finir en quatuor. Adina est ainsi l’une de ces nombreuses œuvres en un acte de Rossini, très populaires auprès des spectateurs de l’époque, riche en mélodies et embarquant le public à grand rythme, pour trousser habilement l’action dans une pièce de 90 minutes – incluant une ouverture sophistiquée.

Pour l’occasion, Rosetta Cucchi, originaire de Pesaro, imagine une mise en scène à la fois réjouissante, intelligente et réfléchie, harmonieusement soulignée par les décors de Tiziano Santi et les costumes imaginatifs de Claudia Pernigotti. Très visuelle, la mise en scène enchaine les tableaux sans interruption.


Adina, Festival de Pesaro 2018 © Amati Bacciardi

Le Calife règne au bas du gâteau géant qui domine la scène, alors que le sérail et le domaine d’Adina sont au deuxième étage. Et le chemin qui les sépare est rapidement comblé d’échelles et autres escaliers en colimaçon. Astucieusement, Rosetta Cucchi utilise les chœurs et quelques figurants pour faire vivre et vibrer cette cour décadente – permettant ainsi par exemple au serviteur (et eunuque) Ali de vivre pleinement sa passion du travestissement, efficacement et finement chanté par Matteo Macchioni. Vito Priante insuffle la dignité et le sentiment nécessaires au rôle du calife grâce à un baryton puissant. Lisette Oropesa, dans le rôle-titre, est la triomphatrice de la soirée : elle déploie un soprane profond et offre une parfaite interprétation du rôle de la délicieuse Adina, tantôt avec grâce ou coquetterie, tantôt plus grave ou sévère, toujours dans un engagement sans faille. La voix est claire et fraiche, joue avec la grammaire de Rossini avec aisance et assurance, pour convaincre de bout en bout. Levy Sekgapane, dans le rôle de Selim, semble plus nerveux. Mais progressivement, il se livre davantage, parvient à communiquer la gaieté du rôle et déploie une touchante voix de ténor lyrique.

Dans la fosse, le chef Diego Matheuz trouve le bon équilibre se faisant tantôt intimiste, tantôt tonitruant, pour accompagner les artistes sur scène. Une fois encore, le Festival Rossini de Pesaro convainc grâce à une mise en scène et une réalisation artistique qui rend pleinement hommage au maître des lieux et à son œuvre. Et au terme de la soirée, le public enthousiaste réserve de longs et chaleureux applaudissements aux artistes.

traduction libre depuis l'allemand de la chronique de Helmut Pitsch

crédit photo : Amati Bacciardi

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