Une Nuit à Venise lyonnaise qui ne fait pas beaucoup voyager

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Le 14 décembre dernier devait avoir lieu la Première du spectacle de fin d’année de l’Opéra de Lyon, Une Nuit à Venise de Johann Strauss. Suite à la grève du personnel de la Ville de Lyon (voir notre article), la Première avait été annulée, tandis que la représentation du 16 décembre était donnée en version de concert. Ce mauvais départ a-t-il un lien avec le résultat que nous avons vu mardi soir ? Malgré des artistes investis sur scène et dans la fosse, difficile (presque impossible) d’entrer dans l’atmosphère joyeuse de Strauss ou de se laisser porter par l’œuvre.

La faute en revient probablement quelque peu au livret mais aussi à la mise en scène de Peter Langdal qui ne se fixe finalement nulle part ni à aucune réelle époque. Certes, les costumes nous emmènent dans les années 50 ou 60 et l’intrigue est à Venise, mais les décors bariolés en référence en costumes d’Arlequin ne permettent pas au spectateur de se fixer dans un espace-temps. Les bruitages rajoutés (notamment lorsqu’un personnage plonge dans l’eau) et les décors penchés, tels que les murs de la chambre et le lit du duc, s’ajoutent et créent presque une atmosphère de cartoon. Malheureusement, le manque de détails, d’exploitations du thème du carnaval et/ou de saynètes captant l’œil ne viennent pas contrebalancer le livret relativement simple (voire mal ficelé) et le sentiment d’ennui peut vite gagner la salle malgré la pétillance des interprètes. L’idée originale et la réflexion autour de celle-ci sont intéressantes, mais la réalisation a quelque peu de mal à être entraînante, ce que l’on attend tout particulièrement dans un opéra de Johann Strauss en période de Fêtes de fin d’année.

Côté artistes, l’engagement est total, à commencer par le Duc Guido interprété par le ténor allemand Lothar Odinius qui joint à une voix parfaitement maîtrisée un jeu théâtral des plus plaisants. Parfaitement séducteur, il sait charmer par une voix plus suave lorsque le rôle le permet sans oublier de monter un peu en voix davantage de tête au besoin. Fou de désir pour Barbara, la jeune épouse de Delacqua, politicien de la ville, il ne cesse de penser à elle depuis qu’il l’a croisé au carnaval l’année précédente. Cette dernière, interprétée par Caroline MacPhie, laisse voir la jeunesse de son tempérament et la malice qui va avec, s’échappant du carquois de son époux pour batifoler avec son neveux Enrico (Bonko Karadjov) jusqu’au premier balcon de la salle de l’opéra. La voix posée et les aigues puissants s’accordent à son excellente diction.

Evelin Novak, annoncée souffrante ce soir-là, campe quant à elle une Annina parfaite dans son rôle de femme trompeuse se faisant passer pour Barbara, laissant éclater sa colère lorsque Caramello qui lui avait promis son amour commence à essayer de la séduire en la prenant pour une autre. Sa voix aux reflets parfois cuivrés est idéale pour cette charmante poissonnière. Le ténor Matthias Klink incarne quant à lui un barbier à la voix sûre qu’il peut adoucir afin de l’adapter à sa sérénade.


© Stofleth

Autre couple de l’histoire, le cuisinier italien et la bonne d’Annina relativement peu maligne, Pappacoda et Ciboletta. Le premier, sous les traits de Jeffrey Treganza, fait montre d’une énergie à toute épreuve laissant entendre une très belle voix dont les graves disparaissent cependant, notamment lorsqu’il joue avec son poivrier géant. Jasmina Sakr nous livre pour sa part une Ciboletta pimpante, rayonnante et légère, jouant sans complexe l’idiote mais dévouée jeune servante.

Côté fosse, le futur chef permanent de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, Daniele Rustioni, ne dément pas l’excellente réputation qu’il s’est déjà fait dans la capitale des Gaules. Tout n’est qu’enchantement dans sa direction joyeuse et énergique sans pour autant trop accélérer le tempo ni accentuer plus qu’il ne faudrait les différents passages de valse ou encore la sérénade. L’Orchestre est pour sa part à la hauteur de la prestation de son maestro. Quant au Choeur de l’Opéra de Lyon, il laisse entendre une belle maîtrise de nuance, notamment dans leur début piano de la soirée. Les différents solistes qui sont extraits de l’ensemble confirment leur haut niveau et l’on regrette surtout de ne pas les entendre et les voir davantage ce soir.

Une soirée savamment orchestrée donc et admirablement servie vocalement, sans autre faille que son livret et une mise en scène qui ne parvient pas en combler les lacunes. Mettre des couleurs vivaces partout sur scène ne suffit malheureusement pas à maintenir l’attention du spectateur…

 

Elodie Martinez

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