Simon Boccanegra à Montpellier : de quoi en faire toute une Cène !

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Dès le lendemain du récital de Jakub Józef Orliński, l’Opéra Orchestre national de Montpellier donnait la première des deux dates de la dernière production de sa saison : Simon Boccanegra, dans la mise en scène signée David Hermann que notre collègue Emmanuel Andrieu a vue en Belgique en 2017.


Simon Boccanegra, Opéra de Montpellier; © Marc Ginot

Nous ne reviendrons donc pas sur la description de la « scène clef de l’opéra », ainsi que l’avait qualifiée notre collègue, celle de la reconstitution de La Cène de Vinci. Il est vrai que ce moment qui clôt la première partie est particulièrement marquant, esthétiquement superbe et fort bien amené théâtralement. Tout comme la scène finale, elle aussi relevée par notre collègue. Nous ajouterons à cela le décor ingénieux articulé formé par le plateau tournant central ainsi que le décor l’entourant, fermant ou non cette « scène sur scène ». Toutefois, il faut bien avouer que si la vision christique de David Hermann est parfois fortement appuyée comme pour être bien sûr que le spectateur ne passe pas à côté, les changements de costumes d’époque sont souvent déconcertants. Certes, cela appuie l’importance du passé dans le présent, mais cela n’aide pas à la compréhension d'un livret naturellement complexe. Enfin, on s’interroge sur la « résurrection » de Paolo et la présence de Pietro aux côtés d’Adorno dans l’ultime tableau, en parallèle à celui de l’ouverture avec Simon Boccanegra (seule une statue ayant changé dans le décor). Ici, on symbolise certes l’éternel recommencement, mais on s’interroge sur la présence d’un personnage censé ne plus être là. On retrouve ainsi mêlées deux visions du metteur en scène : la première, le parallèle avec la vie de Jésus, fort lisible parce que très appuyée ; la seconde, bien plus nébuleuse, née des détails que l’on ne parvient pas forcément à relier à l’intrigue ou à la première vision.


Myrtò Papatanasiu (Amelia) et Vincenzo Costanzo (Gabriele Adorno) ;
© Marc Ginot

Le plateau vocal réuni ici offre par ailleurs pleine satisfaction, à commencer par le rôle-titre confié à Giovanni Meoni. Il n’en est pas à son premier Simon Boccanegra (il partageait notamment le rôle au Liceu en 2016 avec Leo Nucci et Plácido Domingo) et retrouve le public montpellierain qui se souvient encore de son superbe Nabucco de la saison dernière. La réussite est à nouveau au rendez-vous grâce au portrait détaillé qu’il offre du héros : à la fois solide doge (il est le seul dont le costume reste le même, sans changer d’époque), politique à l’autorité pleinement ancrée, mais aussi homme et père marqué par les cicatrices du passé, pour composer un Simon Boccanegra particulièrement émouvant. La voix ne défaille en rien et souligne fort bien ce portrait. Myrtò Papatanasiu reprend le rôle d’Amelia dans laquelle nous l’avions déjà entendue en 2017. Totalement engagée et crédible, la chanteuse semble placer beaucoup d’énergie dans son jeu et son interprétation scénique, quitte à en perdre un peu dans le chant qui s’améliore toutefois durant la soirée. Elle offre quoi qu’il en soit une prestation satisfaisante de bout en bout. Face à elle, le deuxième homme de sa vie, Gabriele Adorno, se montre sous les traits de Vincenzo Costanzo, lui aussi très investi dans son jeu. La voix est ample et se déploie assez aisément, l’écoute est agréable mais ne laisse étrangement pas pour autant de souvenir marquant. Capable d’élans guerriers comme amoureux, il répond néanmoins fort bien aux attentes que l’on peut avoir pour ce personnage. Leon Kim est un traître Paolo dont l’arrogance ressort même dans la voix, la noirceur du personnage, mais aussi l’angoisse d’être démasqué puis la satisfaction de voir son plan meurtrier se concrétiser, tout se retrouve dans le chant maîtrisé du baryton auquel répond le Pietro de Paolo Battaglia.


Jean Teitgen (Jacopo Fiesco) et Giovanni Meoni (Simon Boccanegra) ;
© Marc Ginot

Néanmoins, malgré tous ces talents, le grand triomphateur de la soirée est indubitablement Jean Teitgen, Jacopo Fiesco exceptionnel. Doté d’une voix profonde à l’ampleur impressionnante, le personnage est chargé d’une autorité appuyée non seulement par le jeu mais aussi par cette ligne de chant savamment maîtrisée. L’envergure ne défaille jamais, les couleurs et les nuances marquent chaque note, tantôt capable de fougue et de fureur, tantôt de colère plus froide ou d’une certaine mélancolie. L’instrument ravit l'oreille tandis que l’implication de l’acteur se hisse au niveau de celle du chanteur.

Enfin, le Chœur et l’Orchestre national Montpellier Occitanie complètent le spectacle avec maestria, le premier offrant des interventions éclatantes et une belle présence, le second parvenant à traduire chaque émotion de la riche partition de Verdi sous la direction de Michael Schønwandt. Le chef met tout son talent – ce qui n’est pas rien – au service de cet opéra complexe, prêtant attention à l’équilibre et aux tempi ainsi qu’aux émotions et à la noirceur sous-jacente de la Mort planant finalement sur l’ensemble de l’œuvre. Une réussite sans autre bémol que ceux présents sur la partition !

Une belle fin de saison pour la maison montpellieraine qui, à en croire les applaudissements et l’engouement de la salle, ne cesse de ravir son public.

Elodie Martinez
(
Montpellier, le 16 juin)

Simon Boccanegra, à l'Opéra national de Montpellier Occitanie les 16 et 18 juin 2019.

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