Mariana Flores et Leonardo García Alarcón ensoleillent Ambronay

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Rares sont les festivals ayant survécu à la vague d’annulations qui a sévi (et qui a encore touché dernièrement l’Opéra de Rouen qui a vu la Générale et la Première de son Tannhaüser annulées ces derniers jours). Toutefois, le festival d’Ambronay qui se tient dans l’Ain chaque année en septembre et octobre fait partie de ceux-ci, et a su mettre en place les mesures sanitaires en vigueur sans pour autant perdre de sa convivialité. On remarque d’ailleurs que de nombreux spectacles ont été doublés, proposant deux horaires le même jour pour compenser les jauges réduites. C’était notamment le cas du « récital à la carte » de Mariana Flores présenté ce vendredi soir, dans lequel la soprano était accompagnée par Leonardo García Alarcón et la Cappella Mediterranea pour un voyage en deux parties entre baroque italien et chants latins plus récents. Une artiste nous accueille d’ailleurs dans le couloir afin de nous faire patienter le temps d’être pris en charge, et présente le programme de la soirée, nous laissant même la possibilité de choisir, à la carte, un air qu’elle nous interprète ! Une entrée en matière originale, plaisante, et intelligente pour attendre le temps d’être conduits en salle.

Une fois à l’intérieur de l’abbaye, nous notons que l’arrière-scène est désormais aussi une partie de la salle où le public peut prendre place mais que, soucieux de ne pas désavantager une partie de celui-ci, la scène présente une sorte de couloir pour la cantatrice qui peut ainsi se tourner d’un côté ou de l’autre, tandis que les cinq instrumentistes (auxquels s’ajoute le chef également au clavecin et à la direction) sont sur les côtés, espacés les uns des autres. Il n’y a ainsi pas de « dos » au public, permettant à tous d’apprécier équitablement le concert. Une belle idée, d’autant plus qu’il eut été dommage de priver certains de la très belle soirée qui nous attendait alors.


Leonardo García Alarcón ; © Bertrand Pichène

Le chef argentin débute par quelques mots, ému de jouer dans ce contexte particulier assez difficile, mais toujours optimiste : de telles circonstances amènent à « repartir du silence », à la « création d’émotions nouvelles » ou encore à « redéfinir les émotions en musiques avec (le public) ». Il appuie d’ailleurs sur l’importance de la présence de ce dernier, qui est « la respiration » des artistes.

Les émotions seront effectivement bien au rendez-vous, et cela dès le premier air, « Mira questi due lumi » de Cavalli, gagnant en intensité grâce à la flûte de Rodrigo Calveyra. Il faut dire que le programme a été réalisé sur la base des votes du public en ligne, quelques semaines plus tôt. Le baroque italien se trouve ainsi servi non seulement par Cavalli et Monteverdi, mais aussi par Arcadelt, Frescobaldi et Marini. Si l’oreille a parfois besoin de quelques secondes ou minutes pour se faire à l’acoustique du lieu et au dispositif scénique mis en place ici, on apprécie rapidement le timbre chaleureux de la soprano argentine. Mariana Flores délivre un chant robuste dans ses appuis, mais qui n’en supprime pas pour autant la fragilité nécessaire au charme et à la fidélité de certains airs. Son engagement est total, et si elle vibre pour chaque note, son habitation est particulièrement notable dans « Se l’aura spira ». Ses talents non seulement de chanteuse, mais aussi de conteuse et de comédienne nous permette d’entendre la signification des mots dans les notes. Toutefois, dans cette première partie, un moment se détache : le « Salve Regina » signé par le chef argentin lui-même. Ici, les montées dans l’aigue de la soprano ont quelque chose de profondément spirituel, et le moment se fait même ascensionnel, dans un mouvement qui nous prend et nous élève. On sent bien que l’on s’adresse au divin, sans que cela perde pour autant en humanité.

Arrive Barbara Strozzi et son « Che si puo fare », ouvrant sur la seconde partie du programme dédié aux airs plus récents. Là aussi, Mariana Flores est particulièrement habitée et touchée par l’émotion, qu’elle transmet aisément à l’auditoire, de même que pour « Chiquilin de Bachin » d’Astor Piazzolla. Cette partie réunira également Joan Manuel Serrat, Simon Diaz, Ariel Ramirez ou Chabuca Granda, offrant des moments de légèreté, comme avec le duo guitare-voix, ou bien une convivialité ensoleillée nous transposant au coin d’une rue d’Argentine. La complicité entre Mariana Flores et les musiciens nous inclut finalement, et c’est en un éclair que l’heure et demi passe, nous laissant avec le souvenir radieux et un soleil bienvenu face à la pluie qui nous attend à l’extérieur !

Une réussite globale que l’on doit évidemment aussi à Leonardo García Alarcón et la Cappella Mediterranea grâce à une direction et un accompagnement qui met en lumière chaque instrument (voix comprise) sans jamais de mise en avant intempestive qui déséquilibrerait l’ensemble. Les regards et sourires échangés montrent par ailleurs que le mot « ensemble » est particulièrement bien approprié ici, et si le nombre de musiciens est restreint, cela permet finalement de les entendre davantage et de mieux les apprécier encore.

Une soirée qui marquait pour beaucoup de belles retrouvailles avec la musique et les émotions qu’elle procure, joliment servies par un plateau d’artistes que nous étions tout aussi heureux de retrouver pour effectivement réinventer une certaine émotion musicale.

Le concert était diffusé en direct sur France tv (à l’instar d’autres concerts du festival), et est encore disponible.

Elodie Martinez
(Ambronay, le 25 septembre)

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