Le Messie à Lyon : Noël avant l’heure

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Le dernier weekend de cette édition anniversaire du festival d’Ambronay s’ouvrait jeudi – oui, les weekends sont assez extensibles durant le festival – par l’un des concerts particulièrement attendus : Le Messie de Haendel, interprété par Les Arts Florissants sous la direction de William Christie himself, entouré par cinq solistes talentueux. Un concert hors les murs qui, tout comme La Création l’an passé, se tenait à l’Auditorium de Lyon.

Bien qu’habituellement donné pour les fêtes de fin d’année, il arrive de voir quelques Messie à d’autres dates, comme ce fut le cas dernièrement à l’Auditorium de Radio France où le concert fut sauvé in extremis par Adèle Charvet, présente dans la salle, et qui a pu remplacé au pied levé David DQ Lee, alors qu’il était dans l’incapacité de continuer à chanter durant la seconde partie de la soirée.

Que l’on se rassure, nulle surprise de ce genre à Lyon. En lieu et place, cinq solistes sur scène, tel que prévu initialement par le compositeur et non quatre seulement comme on a coutume d’en compter généralement aujourd’hui. Dès l’entrée des musiciens et choristes, on sent dans la salle une certaine excitation qui se confirme à l’arrivée du maestro et des solistes. Pas de doute : c’est bien le chef qui est la star ce soir. Et si aujourd’hui la constance n’est plus toujours au rendez-vous, Haendel semble bien ne jamais lui faire défaut, et vice-versa. C’est en effet un Messie de haute maîtrise qui nous est présenté, soigné jusque dans les moindres détails, chaque note n’ayant plus aucun secret ni pour William Christie, ni pour ses musiciens. L’œuvre de Haendel respire, et l’on sent battre son cœur dans le soin et l’attention du chef portés à chaque pupitre. Les cordes se déploient, les cuivres brillent lors de leurs interprétations, comme pour le fameux « The Trumpet Shall Sound ». L’acoustique pourtant difficile de la salle est domptée sans grande difficulté, les crescendos et decrescendos apportent différentes dimensions et participent à la respiration qu'on évoquait plus haut. L’émotion est présente d’un bout à l’autre, naissant également des voix, mais peut-être davantage de celles des chœurs que des solistes.


Le Messie, Auditorium de Lyon ; © Elodie Martinez

La basse Padraic Rowan s’acquitte avec honneur de sa partition et offre une assez belle projection, le chant se montrant tour à tour énergique, comme pour « Why do the Nations », ou plus apaisé voire intérieur. Le ténor James Way ouvre la soirée avec un chant clair par un très beau « Ev’ry valley », en guise de véritable invitation à la joie. Emmanuelle De Negri et Katherine Watson sont les deux sopranos de la soirée : la première offre une voix moins lumineuse, plus profonde que la seconde, permettant ainsi d’apprécier la différence entre ces deux très beaux timbres. La seconde nous avait déjà ravi dans le registre de Purcell en 2017 à l’Opéra Comique et confirme ici son indéniable adéquation avec ce registre baroque qui sied merveilleusement à sa voix, sans oublier une prononciation particulièrement agréable. Enfin, véritable révélation pour nous qui ne l’avions encore jamais entendu (contrairement à certains de nos collègues, comme Emmanuel Andrieu en 2015 ou Brigitte Maroillat en 2018), le contre-ténor Tim Mead impressionne par sa voix solaire, claire, au timbre particulièrement aigu qui pourrait aisément passer pour celui d’une femme. Son « He was despised » est par ailleurs un autre très beau moment de la soirée.

Toutefois, comme on le sait, le premier des solistes dans Le Messie est finalement le chœur, extrêmement présent. Celui des Arts Florissants s’avère formidable de bout en bout, tant dans les moments de recueillement que dans les parties plus rythmées qui ponctuent la soirée. Les vingt-quatre chanteurs et chanteuses qui le composent parviennent à projeter une belle puissance vocale aux moments opportuns et l’énergie déployée pour le très attendu « Hallelujah » n’en est que plus délectable. De même pour le final « Worthy is the Lamb » qui nous emporte dans une vague d’émotions et nous fait regretter que la soirée ne se prolonge pas plus longtemps.

Le public ovationne l’ensemble, et tout particulièrement les chœurs, multipliant les saluts jusqu’à ce que William Christie regarde une montre imaginaire en souriant afin de faire comprendre au public qu’il est temps de partir et qu’il n’y aura pas de bis, comme on en a pourtant l’habitude après un Messie. Il faut dire que les toux intempestives qui ont eu lieu entre chaque pause silencieuse marquant les mouvements ont quelque peu agacé le chef, à raison.

Au final, ce Messie fut une très belle ouverture de fins de festivités !

Elodie Martinez
(Lyon, le 3 octobre)

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