Chronique d'album : "The Angels", des Métaboles

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Ce vendredi 26 février, l'ensemble Métaboles sort un nouveau disque chez NoMadMusic, The Angels, sous la direction de Léo Warynski et enregistré à l’abbaye de Royaumont avec les seize chanteurs de l’ensemble. Un beau voyage polyphonique autour de la « splendide tradition des chœurs anglais », depuis Purcell, Byrd et Palestrina jusqu’à Jonathan Harvey, « figure majeure de la musique contemporaine ». En réalité, plus qu’un voyage, c’est ici un écho à travers les âges et un entremêlement entre les compositeurs qui permet de tisser un lien entre les voix et les voies de chacun.

Fondé en 2010 par Léo Warynski, l’ensemble vocal des Métaboles n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il s’agit là de son quatrième album. Spécialisé dans l’interprétation a cappella, son nom « évoque la capacité du chœur à se transformer au gré des répertoires, tout en valorisant un ancrage dans l’ère du temps ». Et l’ensemble a su se faire une place dans le paysage musical, en s’imposant par son excellence, devenant même lauréat du prix Liliane Bettencourt pour le chant choral en 2018. Une autre de ses caractéristiques est la place importante qu’il fait au répertoire contemporain, à travers des commandes d’œuvres, la création et la diffusion du répertoire de compositeurs contemporains. On ne s’étonne donc pas de trouver des pièces de Jonathan Harvey (1939-2012) sur le disque, ni de constatre que le titre The Angels est tiré de l’œuvre éponyme du compositeur qui cloture l’enregistrement.

C’est toutefois par l’Ave verum corpus de William Byrd que débute l’écoute. Dans l'acoustique parfaite de l’abbaye de Royaumont, les premières notes d'un quatuor vocal s’élèvent d'abord, avant d'être rejointes par douze voix supplémentaires. On entre alors dans une autre dimension : de l’intime céleste, les voix embrassent l'espace, se déployant comme les ailes d’un ange, avec douceur, assurance, et surtout harmonie et puissance. Une puissance qui ne se traduit pas forcément dans les décibels, mais se développe dans une sérénité de l’ordre du magistral et du divin.

Les trois chants suivants sont signés Jonathan Harvey. L'air I love the Lord permet d’entrer dans l’univers du compositeur et son jeu d’équilibriste dans la multitude des voix. Les difficultés de la partition ne semblent être ici que des ombres chassées par la lumière de la parfaite interprétation de l'ensemble. Puis, au Remember not, Lord, our offences de Purcell répondra le Remember, O Lord de Harvey, comme pour les faire se refléter et montrer les liens, les échos, l’héritage de l’un vers l’autre. Place alors au Stabat Mater de Giovanni Pierluigi da Palestrina, qui fait briller plus fort encore l’harmonie voluptueuse des voix des Métaboles.

Retour ensuite à Harvey, avec d’abord The Annunciation, où parmi l’ensemble s’élèvent des voix seules, comme des phares dans la nuit. On joue ici avec les voix, leur ensemble, leur division, leur singularité et leurs similitudes, avant que l’écoute ne se termine par The Angels, qui donne son titre au disque. Ici, les voix semblent sortir de la pénombre, du néant, y puiser leurs racines pour grandir, se développer et s’envoler. Bien que l’écoute se fasse au travers d'un disque, on ressent la spatialisation du son tout au long de l'album. Et on est transporté, au sens commun et spirituel du terme.

La durée totale de l’enregistrement est d’environ 45 minutes, ce qui peut sembler court pour un disque mais qui est en réalité fort bien pensé : dans ce laps de temps, on ne se lasse pas, on s’apaise, on tend son âme vers un supérieur – quel qu’il soit – et l’on se laisse porter sans sentiment de répétition ni de longueur. A n’en pas douter, ce disque des Métaboles reflètent à la perfection les vers de Baudelaire, dans une invitation méditative aux nombreux charmes (incluant la connotation magique du terme), puisque « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté ».

Elodie Martinez

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