Chronique d'album : "réBelles ! Portraits Lyriques" de Josefine Göhmann

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Ce mois-ci est paru chez Solo Musica le premier disque de la soprano germano-chilienne Josefine Göhmann, encore très – trop – peu connue et entendue en France. Accompagnée ici au piano par Mario Häring, elle livre un programme cohérent et « dessine un kaléidoscope d’images féminines de 1900 à 2020 » qui porte le nom de réBelles ! Portraits Lyriques.

Les Lyonnais reconnaîtront peut-être son nom, puisque après avoir été formée à l’Université de Hanovre, Josefine Göhmann complète son cursus de chant lyrique au Studio de l’Opéra National de Lyon qui lui offre la possibilité d’interpréter le rôle-titre dans L'incoronazione di Poppea lors du Festival Mémoires, dans la production de Klaus Michael Grüber. Bien qu’elle se soit également produite à l’Opéra Royal du Château de Versailles, à l’Opéra de Paris, l’Opéra de Vichy, l’Opéra de Monte-Carlo ou encore au Théâtre des Champs-Élysées, la soprano demeure encore injustement peu connue dans l’Hexagone, et l’on est donc heureux de voir arriver ce disque pour permettre au plus grand nombre de la découvrir.

Ici, Josefine Göhmann propose un travail qui s’assimile à celui d’une artiste peintre, en façonnant un programme aux airs de galerie de portraits. L’exposition est ainsi divisée en quatre salles : Vierge, Sirène, Héroïne et Ophélie. La visite nous fait voyager d’une salle à l’autre, autour du répertoire des XXe et XXIe siècles, incluant des pages encore relativement rares. Cette conception permet de mettre en perspective des airs, des compositeurs, ou des visions, comme celle de la sirène par Honegger et Indemith. La Chanson d’Ophélie de Chausson peut pour sa part être mise en miroir avec Ophelia Sings de Wolfgang Rihm, ou encore Drei Lieder der Ophelia de Richard Strauss. L’auditeur est ainsi invité à admirer ces portraits, mais aussi à les mettre en lien les uns avec les autres, admirant les éclairages et jeux de lumières que chaque compositeur, tel un peintre, a insufflé à son œuvre, avec ses coups de pinceau plus ou moins marqués. Dommage, cependant, que le livret du disque n’offre pas la traduction des textes qui pourrait justement aider dans cette visite de galerie, et trouver peut-être le lien qui unit les portraits de la salle Héroïne, sous-titrée « Straße & Utopie ». Est-ce la désillusion de l’utopie qui joint Nannas Lied (Kurt Weill), Vier Reden der Johanna Dark (Alexander Wagendristel), Youkali (à nouveau de Weill) et les airs d’Olivier Messiaen ? Ou bien y a-t-il autre chose ?

Le doute n’est toutefois pas permis pour ce qui est de l’exécution et de la réussite vocale de l’enregistrement. Josefine Göhmann offre en effet une très belle diction, d’une grande clarté en allemand, légèrement moins en français mais cela reste plus qu’appréciable et l’on peut se passer du livret. La ligne de chant est claire et parfaitement dirigée, sans aucune cassure, ce qui permet un timbre riche, à l’aise dans l’ensemble de la tessiture. On notera également que la soprano parvient à transmettre une véritable interprétation à travers seulement sa voix, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas lors d’une captation au disque. L’investissement de l’artiste transpire à travers chaque plage, chaque air, et l’on respire finalement avec elle par ce même souffle qu’elle offre aux portraits présentés. Quant à l’accompagnement au piano de Mario Häring, il se révèle tellement complice de la voix que l’on en viendrait presque à ne plus le distinguer : la fusion des deux instruments est telle que, sans jamais s’effacer l’un l’autre, ils semblent ne faire plus qu’un. Nous sommes ici au-delà d’un piano portant une voix, pour atteindre un équilibre parfait.

Avec ce premier disque, Josefine Göhmann parvient à proposer un ambitieux projet, original et bien construit, que l’on peut apprécier sans forcément être particulièrement adepte du répertoire défendu ici. Le seul bémol se trouve finalement dans le livret, fort riche, présentant à la fois le disque mais aussi l’ensemble du programme et des compositeurs… uniquement en allemand.

Elodie Martinez

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