Macbeth au Théâtre des Champs-Elysées : noir sans sucre

Xl_macbeth4 © Vincent Pontet

Drame lyrique parmi les plus aboutis du répertoire verdien, Macbeth est à l’opéra Italien ce qu’A la Recherche du Temps perdu  est à la littérature française : un chef d’œuvre incontournable ! Mais question lecture, en Pléiade ou en poche, le plaisir reste le même. Ce n’est malheureusement pas le cas de l’opéra qui pour déployer toutes ses beautés a besoin d’une édition de luxe ! Et c’est sans doute de là que vient la déception de cette nouvelle production du Théâtre des Champs Elysées : entre un orchestre dirigé sans passion, un chœur laissé à l’abandon, des rôles principaux défaillants et une mise en scène morose, le miracle n’a pas lieu.

Sur le plan musical le résultat passe du brouillon au catastrophique, le tout entrecoupé de plages d’ennui profond. Dans le rôle des époux terribles, les solistes, bien que manifestement animés d’un engagement scénique très intense, ne parviennent pas à restituer les nuances exigées par la partition sans écorcher leurs parties. Si Roberto Frontali campe un Macbeth subtil et convaincant, la voix peine à suivre et craque bien souvent. Des faiblesses vocales malheureusement largement partagées par la soprano Susanna Branchini qui gratifie le rôle de l’ambitieuse Lady Macbeth d’un phrasé brutal et sans grâce. L’intention dramatique pousse la voix dans ses retranchements et laisse apparaître de nombreux défauts : ainsi, les mediums sont difficilement audibles, les aigus filés craquent et les autres sont expulsés avec force à la faveur d’une voix certes puissante mais sans charme.
Heureusement, un second rôle de choix en la personne de Jean-François Borras (Macduff) vient éclairer de son timbre lumineux la deuxième partie du spectacle.

À la tête de l’Orchestre National de France, Daniele Gatti semble littéralement laisser ses musiciens à l’abandon, négligeant toutes les couleurs et la tension dramatique de l’ouvrage.

Sur le plan visuel, la mise en scène très sombre et épurée de Mario Martone brosse un portrait psychologique plutôt intéressant de ses personnages mais, une fois les personnalités dessinées et le charme des costumes élisabéthains passé, reste une sensation d’ennui que quelques rares moments de grâce (notamment la scène dans la forêt de Birnam au début du IVe acte) peinent à réveiller.

C’est dans le travail de la lumière que réside le côté spectaculaire de la soirée. Dans une ambiance crépusculaire rappelant Ionesco plus que Shakespeare,  le metteur en scène tente de compenser la totale nudité du plateau par des propositions d’éclairage audacieuses.
Mais, faute à une interprétation terne, le frisson n'est pas là. Les rangs baillent : Le Roi se meurt et la musique de Verdi aussi.

Albina Belabiod

Macbeth  de Verdi, au Théâtre des Champs Elysées, jusqu’au 16 mai 2015
crédit photo : © Vincent Pontet

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