L'Elixir d'amour à l'Opéra Bastille : la potion magique de Roberto Alagna

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Pour sa première saison à la tête de l'Opéra de Paris, Stéphane Lissner a mis les petits plats dans les grands, puisqu'en marge des représentations du sévère Moses und Aron de Schoenberg, le directeur a choisi de programmer un incontournable du bel canto : L'elixir d'amour, chef d'oeuvre de Donizetti, proposé ici dans une production qui a déjà su faire ses preuves à plusieurs reprises. Créée en ces mêmes lieux il y a près de 10 ans, la mise en scène de Laurent Pelly fleure toujours aussi bon la nostalgie de l’Italie rurale des années 50, avec ses paysages champêtres gorgés de soleil et ses amoureux à Vespas. Toujours aussi efficace, mêlant rires et poésie, la dramaturgie est de celles qui ne prennent pas une ride, tout comme – semble-t-il – celui que tout le monde attendait de pied ferme en ce soir de première : la star Roberto Alagna, que l'on était curieux de réentendre en Nemorino, un de ses rôles de prédilection.

Et à 53 ans, le chanteur semble avoir avalé un élixir, non pas d’amour, mais de jouvence, tant il présente une santé vocale exceptionnelle ! La voix est toujours aussi solaire, l'émission claire et le ténor ne manque pas de montrer à quel point il a conservé intactes une souplesse vocale et physique – allant jusqu'à en rajouter un peu dans la vivacité du personnage, jusqu'à accomplir quelques acrobaties supplémentaires sur le plateau. Heureusement, il revient à plus d'austérité au moment d'interpréter le célèbre « Una furtiva lagrima », point d'orgue du spectacle, où les nuances sont si belles que c'est tout le public de la Bastille qui retient son souffle (et – ô miracle - sa toux).
A ses côtés, pour ses débuts à l'Opéra de Paris la soprano Aleksandra Kurzak (future Madame Alagna à la ville), campe une Adina piquante, maniant l'art de la minauderie à la perfection. Sa voix légère fait des merveilles dans les vocalises et si les aigus sont parfois difficiles, les graves et les mediums supportent bien les volumes de la salle, tandis que le timbre se révèle d'une onctuosité à se pâmer, notamment dans le sublime « Prendi per me sei libero ».

Déjà très applaudi lors de la création de la production, l'impressionnant baryton Ambrogio Maestri gratifie son Dulcamara d'une voix puissante et d'un sens comique parfaitement adaptés au personnage du truculent charlatan. Seule ombre au tableau vocal, le jeune italien Mario Cassi, qui peine à exister vocalement et scéniquement face à ces trois bêtes de scène ; ce qui n'est pas le cas de la jeune Mélissa Petit, délicieuse voix de soprano venue illuminer les courtes interventions de Giannetta.

Dans la fosse, si elle sait ménager quelques moments de grâce dans les airs plus doux, la direction de Donato Renzetti manque de nerfs et l'ouverture comme le final du 1er acte manquent cruellement de cette irrésistible énergie qui habite pourtant le plateau et la partition de Donizetti.  
Sans doute quelques gouttes d'élixir magique suffiraient à redonner au maestro un peu d'entrain !

Albina Belabiod

L'Elixir d'amour de Gaetano Donizetti, jusqu'au 25 novembre à l'Opéra Bastille

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