Fêtes vénitiennes et décadentes (à l'Opéra-Comique)

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     Stylistiquement à mi-chemin entre Lully et Rameau, André Campra s’illustre en 1710 en composant cet opéra-ballet au charme indéfinissable, succession de saynètes et de danses colorées. Mais s’il connait un beau succès à l’époque de sa création, ce divertissement musical,  maintes fois remanié par son auteur, donne du fil à retordre aux programmateurs par son caractère inclassable et sans doute par la place peu glorieuse laissée à Campra par la postérité.

     A l’initiative de cette nouvelle production à l’Opéra-Comique, William Christie et Robert Carsen redonnent au compositeur aixois et à ses Fêtes vénitiennes leurs lettres de noblesse.

     Le livret nous entraîne dans cette Venise de carnaval, symbole des plaisirs en tous genres. Et si le metteur en scène sacrifie au folklore attendu (masques, gondoles et autres lustres), il évite de tomber dans le déjà vu grâce à une esthétique stylisée – sol laqué brillant et décors en trompe l’œil – et une scénographie fourmillant d’idées et de détails. Ajoutez à cela quelques travestis et des scènes de libertinage explicites et la lecture du Canadien vire du conventionnel au provocant. Entre décadence, érotisme et références historiques et artistiques, les tableaux s’enchainent dans une harmonie esthétique où prédomine une teinte rouge tantôt raffinée, tantôt tapageuse. Ici pas de message à chercher : le décor poétique de la Sérénissime se fait théâtre d’une pure récréation où le plaisir est roi.

     Aussi drôle que le livret, la partition, d’un grand raffinement, oscille entre style français affirmé et pastiche de musique italienne. Dans la fosse, les Arts Florissants – en grande forme – se font espiègles sous la baguette d’un William Christie plus alerte que jamais. Diction parfaite et phrasé caractéristique, les chanteurs – tous aussi bons comédiens que musiciens – sont tous rompus à la méthode Christie. En tête, Emmanuelle de Negri – tour à tour bonne sœur, amante trahie et bergère de théâtre – domine le plateau de sa voix lumineuse et de son phrasé irréprochable, et Marcel Beekman fait oublier ses faiblesses vocales par un potentiel comique irrésistible.

     Occupant une place centrale, les scènes de danse – intelligent mélange de pas traditionnels baroques et de mouvements modernes – contribuent largement à la légèreté de ces décadentes fêtes vénitiennes. Et si le spectacle s’essouffle un peu – surtout dans le dernier tableau – l’unité qui règne entre l’orchestre, les chanteurs, les chœurs et les danseurs donne à cette production élégamment  canaille, des airs de fantasme baroque. 

Albina Belabiod

Jusqu’au 2 février à l’Opéra Comique, puis au Théâtre de Caen les 1er et 2 avril et au Théâtre du Capitole de Toulouse du 23 au 28 février.

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