Le point de vue d’Alain Duault : Viva Verdi au Théâtre Hébertot, oui mais...

Xl_viva_verdi_theatre_hebertot_2026_-_alain_duault © Viva Verdi, Théâtre Hébertot

On ne peut qu’être ravi de voir Giuseppe Verdi célébré dans un théâtre parisien et, de ce point de vue, le projet de Pierre-Olivier Scotto est sympathique. Il était difficile de résumer une vie aussi proliférante, une œuvre aussi passionnante en 90 minutes – mais il y a tout au long de cette biographie imagée trop d’approximations, des erreurs factuelles (le prêtre qui a enseigné la musique au jeune Giuseppe ne s’appelait pas Giacomo mais Pietro Baistrochi, il n’est pas mort foudroyé à l’église des Roncole, Verdi a eu une fille, Virginia, avant un petit Icilio, etc.). Il y a aussi des fautes plus graves – dont l’invention fantaisiste d’une relation homosexuelle entre Verdi et le jeune chef Emanuel Muzio ! Ce qui fait que, plus le spectacle avance, plus on ressent une sorte de malaise face à ces détournements qui n’apportent rien à la mise en lumière de Verdi !

Heureusement, il y a la force de la musique, des morceaux bien choisis, dont l’interprétation, sans être exceptionnelle, offre la possibilité de toucher de l’oreille l’art de Verdi. Et la construction dramatique, très linéaire, a l’avantage d’être claire – d’autant que les comédiens et les comédiennes, Raymond Acquaviva en tête, y croient et jouent avec une vraie flamme, en particulier Noémie Bianco dans le rôle si important de Giuseppina, la compagne puis l’épouse de Verdi.

Mais l’essentiel est que ce spectacle donne envie de Verdi (ma voisine disait à l’amie avec laquelle elle était venue : « ça me donne envie de réécouter La Traviata »). Là on se dit que ce spectacle, même avec ses défauts et ses imperfections, touche son but : partager et faire entendre l’œuvre d’un génie. Un peu comme le film Amadeus a donné à tant de monde envie d’écouter ou de réécouter Mozart, alors que le scénario était rempli d’inexactitudes et d’infidélités ! Alors, si vous êtes un familier de Verdi, ce spectacle n’est pas pour vous ; si, en revanche, vous ne le connaissez pas, ou guère, et que vous avez envie de découvrir ce monument, allez-y ! Vous passerez un bon moment, vous en sortirez avec des mélodies dans le cœur, vous voudrez le rencontrer vraiment à travers ses œuvres – et si vous avez envie d’aller plus loin, il y a de bons livres sur Verdi. Mais sa vérité, c’est sa musique !

Alain Duault
Paris, octobre 2026

Viva Verdi au Théâtre Hébertot, du 30 septembre au 6 décembre 2026 (représentations les mercredis et jeudis à 19h, les dimanches à 17h30)

| Imprimer

En savoir plus

Commentaires

Loading