© Camilla Nervi / OnP
On a découvert cette formidable production du Barbier de Séville par Damiano Michieletto à l’Opéra de Genève en 2010, on l’a retrouvée à l’Opéra de Paris en 2014, puis en 2015, 2016, 2021, 2022, 2024, 2025 et donc 2026 : il faut dire que c’est un spectacle dont on ne se lasse pas ! Une mise en scène ébouriffante, portée par une direction d’acteurs très cinématographique (on songe à Pedro Almodovar) dans le décor très réaliste du barrio Santa Cruz de Séville, signé Paolo Fantin, et des costumes tourbillonnants de couleurs de Silvia Aymonino. Et l’astuce de ce décor est de faire alterner extérieur (une rue du barrio) et intérieur (l’intérieur de la maison de Bartolo) grâce à une agile tournette qui fait passer le spectateur de l’un à l’autre (dans l’esprit cinématographique extérieur jour / intérieur nuit), obligeant les chanteurs à monter et descendre sans cesse des escaliers entre les trois étages de l’immeuble !
Ces retrouvailles sont à nouveau un plaisir volubile et sans cesse ricochant : difficile de s’y endormir ! D’autant que la musique est au diapason de ce spectacle, fouettée d’abord par la direction vive mais aussi fluide de Jader Bignamini, s’enflammant dans les finales et porté par une distribution réjouissante, dominée par deux personnalités exceptionnelles, Marina Viotti et Nicola Alaimo.

Le Barbier de Séville - Opéra national de Paris Bastille (2026-2027) (c) Camilla Nervi / OnP
Marina Viotti a déjà chanté à l’Opéra-Bastille, Stéphano de Roméo et Juliette et Siebel de Faust, mais là c’est un premier rôle et non des moindres ! Elle y a tout ce qu’il faut, un timbre riche et fruité, une technique vocalistique impeccable (les trilles !), une longueur de souffle, un sens aigu du rythme, une capacité expressive (et de nuances), une dynamique vocale (le staccato rossinien)et théâtrale (les escaliers de la maison de Bartolo à monter et descendre sans cesse) qui ne se relâche jamais – ceci en dépit, on peut le dire à présent qu’elle n’en fait plus mystère, d’une grossesse qui en est à son cinquième mois ! Respect ! Son tuteur, Bartolo, est un des meilleurs aujourd’hui pour ce rôle : il sait en faire beaucoup sans en faire jamais trop, méchant bien sûr mais en rien ridicule, et toujours bien chantant, en particulier avec son air, A un dottor della mia sorte, renversant de verve et de couleurs, qui lui vaut une ovation méritée. Il faut dire que la voix, ronde et charnue est à son meilleur et que sa maitrise du staccato syllabique impressionne !
Le Polonais Andrzej Filonczyk, dans le rôle-titre, possède tout ce qu’il faut de virevoltant, dès sa pétillante entrée, avec une voix claire et naturelle qui prospère tout au long du spectacle ! On saluera aussi l’Almaviva de Levy Segkapane, vif comme un lutin, dont l’idéale voix rossinienne s’épanouit dans son redoutable air final, Cessa di piu resistere, et aussi la Berta d’Isobel Anthony, dont l’air plein de verve donne une épaisseur au rôle et affirme la présence d’une jeune soprano qui, bien qu’encore membre de la Troupe lyrique de l’Opéra de Paris, ne va sans doute pas tarder à prendre son envol vers des emplois à sa mesure. Un léger bémol pour le Basilio d’Adolfo Corrado, un rien effacé et dont la Calunnia, bien chantée assurément, ne fait pas monter le frisson qu’on attend du fameux crescendo-accelerando. Mais toute la soirée est emportée par un tel vent de plaisir qu’on se retrouve, à la fin, debout pour des saluts qui montrent les visages épanouis des spectateurs auxquels on vient de donner ce bonheur qui, en ce moment, fait du bien !
Alain Duault
Paris, 3 novembre 2026
Le Barbier de Séville à l'Opéra Bastille du 26 septembre au 5 novembre 2026
05 novembre 2026 | Imprimer
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