La Flûte Enchantée : le Made in France à l’Opéra de Paris

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On est suffisamment prompt à vitupérer contre le manque d’attention aux chanteurs français pour ne pas saluer la superbe initiative de l’Opéra de Paris qui offre cette saison, avec les différentes distributions qui se succèdent dans La Flûte enchantée, un bouquet de ce qui se fait de mieux dans le chant français de la nouvelle génération !


Stanislas de Barbeyrac (Tamino); © Emilie Brouchon/OnP

La Flûte enchantée, ONP; © Emilie Brouchon/OnP

On peut en effet applaudir en ce moment en Tamino le magnifique ténor Stanislas de Barbeyrac, une voix rayonnante et un chant tout empreint de classe, de pureté de ligne, de présence noble, flanqué en Pamina de l’étonnante Elsa Dreisig, cette jeune franco-danoise qui a remporté le dernier concours Operalia et qui fait là ses débuts à l’Opéra de Paris, à 25 ans, avec une maitrise et un sens du style absolument époustouflants : son « Ach ich fühls », porté par un timbre lumineux, argenté, d’une finesse de dentelle, lui a valu une ovation méritée !
Mais ce n’est pas tout : en Reine de la Nuit, la déjà très aimée du public Sabine Devieilhe s’affirme définitivement comme la digne héritière de Natalie Dessay – à laquelle elle ressemble d’ailleurs : même taille, même minceur, même assurance en scène et ce timbre adamantin qui s’épanouit dans des aigus de cristal. Enfin notre grand baryton Florian Sempey, un habitué des triomphes à l’Opéra de Paris (on se souvient du tabac qu’il a fait la saison dernière avec son étourdissant Figaro du Barbier de Séville !), suscite encore une fois un enthousiasme qui est le fruit à la fois d’une voix parfaitement homogène sur toute sa longueur, d’une émission vocale d’une franchise rare qui lui permet de mettre en valeur la vis comica du rôle de Papageno sans jamais souligner lourdement un effet, le tout porté par un naturel dans le jeu qui est le reflet de ce tempérament déjà, à 28 ans, au sommet de ses moyens ! Bref, comme disent les jeunes (ou ceux qui veulent les copier…), ce n’est « que du bonheur » !

Le spectacle, reprise de la mise en scène de Robert Carsen, appuyé sur d’élégantes images vidéo d’une forêt traversant le cycle des saisons, offre une lecture intéressante de l’opéra de Mozart, avec cette obsession mortifère qui l’habitait à la fin de sa vie mais surtout avec une vision dialectique qui veut dépasser le manichéisme noir/blanc, bien/mal, qu’on attache ordinairement à cette œuvre complexe. Qu’on adhère ou pas à cette vision, on suit avec un réel plaisir le déroulement d’un spectacle, comme toujours avec Robert Carsen, parfaitement maitrisé. Après un bémol vis-à-vis du chef, par trop éteint quand cette musique invite au contraire à une dynamique plus fringante (on rêve de ce qu’aurait apporté un Philippe Jordan à une telle « dream team »), on ajoutera que, à côté de cette superbe équipe française, il y a beaucoup d’autres belles voix dans cette distribution, à commencer par le majestueux Sarastro de René Pape, la piquante Papagena de Christina Gansch et, surprise en forme de clin d’œil – ou de clin d’oreille – la présence luxueuse en Sprecher de… José Van Dam, à la voix toujours reconnaissable en une phrase : il apparait là en quelque sorte comme le « parrain » de ces jeunes voix françaises qui s’épanouissent magnifiquement sur notre grande scène nationale. Bravo à Stéphane Lissner d’avoir osé – et dans ce répertoire de surcroit – cette belle exposition : c’est aussi la mission de l’Opéra de Paris d’offrir au public ce qui se fait de mieux dans le chant français ! Et il y en a d’autres encore à découvrir ou à savourer* !

Alain Duault

* De ce point de vue, il ne faudra pas manquer, le 24 mars prochain à l’Opéra Garnier, l’exécution en version de concert du Béatrice et Bénédict de Berlioz avec à nouveau Sabine Devieilhe, Stanislas de Barbeyrac et Florian Sempey mais aussi Stéphanie d’Oustrac, Aude Extrêmo, Laurent Naouri et François Lis – et le tout sous la direction de… Philippe Jordan !

 

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