Kristine Opolais (enfin) à l’Opéra de Paris !

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On attendait depuis quelques saisons les débuts à l’Opéra de Paris de la belle soprano lettone qui a brillé ces derniers temps de Londres à Munich – mais c’est le forfait d’Olga Guryakova en Rusalka qui lui a permis de se faire enfin entendre des parisiens. Que sait-on d’elle ? On sait qu’elle a 35 ans, qu’elle est née à Rézekne en Lettonie, qu’elle s’est révélée durant la première décennie des années 2000, qu’elle a fait ses débuts à la Scala en 2006, à l’Opéra de Vienne en 2008, à l’Opéra de Munich en 2010 (avec Rusalka déjà, une production immortalisée par un DVD qui a permis à beaucoup de la découvrir), au Covent Garden de Londres en 2011 et en 2014 au Metropolitan de New York. On sait aussi qu’elle a épousé en 2011 son compatriote, le brillant chef d’orchestre letton Andris Nelsons, dont elle a eu une petite fille, Adriana Anna. On sait enfin qu’elle semble enchanter tous les publics qui l’ont entendue – et vue, car on loue partout son jeu, son engagement scénique, cette « chimie instantanée de la scène ». On était donc très impatient de découvrir (enfin) à Paris cette nouvelle étoile du ciel lyrique : la reprise de Rusalka en a fourni une bonne occasion.

D’emblée, la personnalité de Kristine Opolais retient l’attention : elle est belle à voir, bien sûr, très belle même, mais c’est le timbre de sa voix qui fascine, quelque chose entre Renée Fleming pour la matière, le soyeux, et Anna Netrebko pour la façon d’habiter chaque phrase avec détermination. Pourtant – et c’est un peu un problème pour cette Rusalka dans le vaste hall de l’Opéra Bastille – la projection vocale de Kristine Opolais ne parait pas très puissante et, dans le premier acte surtout, elle semble en retrait sur ce plan, même si la séduction du timbre et la richesse des phrasés confirment qu’elle une véritable artiste.
Toujours est-il qu’elle construit son personnage avec beaucoup de subtilité, épousant semble-t-il sans trop de difficulté la mise en scène poétique mais complexe de Robert Carsen, ce jeu des miroirs de l’âme matérialisé dans une sorte de chorégraphie signifiante. Bien entourée (Larissa Diadkova, intense Jezibaba aux graves résonants, Dimitry Ivashchenko, Esprit du lac tout aussi affirmé dans la profondeur de sa belle voix de basse, Pavel Cernoch, Prince au charme réel même si les aigus ne s’épanouissent pas toujours), Kristine Opolais bénéficie de surcroit de la direction attentive et fluide d’un jeune chef tchèque, Jakub Hrusa, qui sait déployer toutes les moires du magnifique Orchestre de l’Opéra de Paris dans des élans de cordes, des courbes mélodiques ensorcelantes, des parfums de bois qui font entendre comme rarement la séduction de la musique de Dvorak.
Au moment des saluts, Kristine Opolais recueille de la part du public parisien qui la découvre des applaudissements chaleureux et mérités : c’est une belle artiste dont on pressent qu’elle peut donner beaucoup. On l’attend donc à présent dans Puccini où elle a déjà brillé (souvenons-nous par exemple de sa Manon Lescaut munichoise avec Jonas Kaufmann !), on l’imagine aussi dans Richard Strauss, on la désire dans l’opéra français (elle ferait sans aucun doute une capiteuse Thaïs)… A présent qu’on a enfin entendu Kristine Opolais à Paris, on ne va plus la lâcher !

Alain Duault

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