Arabella, Renée Fleming et Philippe Jordan à l’Opéra-Bastille (juillet 2012)

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On venait, bien sûr, pour entendre la divine Renée Fleming dans un de ses grands rôles – et on n’a pas été déçu. Mais c’est l’ensemble de la soirée qui constitue un excellent spectacle de fin de saison pour l’Opéra de Paris.
Richard Strauss compose Arabella en 1929 sur un livret d’Hofmannsthal (qui mourra aussitôt après) mais l’opéra ne sera créé qu’en 1933. Viennoise par excellence, c’est une « comédie lyrique » qui fait écho au Chevalier à la rose (datée de 1911) et étincelle à chaque mesure, à chaque mot du texte brillantissime d’Hofmannsthal : c’est précisément ce qui en fait la difficulté d’exécution, car il faut que le parfum viennois, cette intraduisible Gemütlichkeit, en émane, à travers – c’est le paradoxe – une musique signée d’un compositeur allemand !

La réussite de cette soirée tient précisément d’abord à cette subtile dialectique ménagée par Philippe Jordan : avec un orchestre de l’Opéra de Paris en grande forme, cordes limpides, bois aux respirations délicates, il trame une sorte de grand manteau sur lequel les voix vont broder leur ouvrage. Et quelles voix ! Renée Fleming donc, en premier lieu, la plus grande Arabella d’aujourd’hui, avec cette élégance épurée du timbre, cette luminosité intérieure de la voix, cette grâce quasi mozartienne déployée en aigus radieux, en phrasés ductiles, cette intelligence émerveillée du chant.
Mais à peu près toute la distribution se hausse autour d’elle à ce même niveau d’excellence, du Mandryka de Michael Volle, tour à tour brutal et naïf, à l’exquise Zdenka de Genia Kühmeier, une jeune salzbourgeoise qui est une vraie révélation pour les parisiens (les salzbourgeois la connaissent déjà bien), dont on aura plaisir à réentendre le timbre argenté et la liquidité des phrasés. Mais on n’aura garde d’oublier le couple bourgeois des Waldner formé du truculent Kurt Rydl et de la puissante Doris Soffel. Une seule réserve, la Fiakermilli pâlichonne d’Iride Martinez mais c’est un péché véniel au milieu d’un tel éblouissement vocal et orchestral.

Et tout cela est déployé dans un écrin de rêve, un décor ondulant de Marco Arturo Marelli, dont les fondus du gris au blanc et du blanc au bleu offrent une sorte d’univers de rêve à cette comédie, mise en scène avec simplicité par le même Marco Arturo Marelli qui privilégie la fluidité à l’effet. On sort de cette représentation comme en apesanteur, on voit la vie en bleu et on a envie de boire ce verre d’eau que, à l’ultime scène, tend à Mandryka cette Arabella qui referme sa vie de jeune fille pour se livrer par amour à cet homme auquel elle se donne corps et âme dans la plus belle musique du monde…

Alain Duault

Arabella de Richard Strauss, à l’Opéra-Bastille (juillet 2012)

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