À l’Opéra de Vienne, Faust pour Marguerite

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Ce n’est pas la reprise de la production de 2008 conçue par Nicolas Joël, paresseuse dans sa mise en scène et peu esthétique dans ses décors, qui peut susciter l’envie de courir à Vienne en ce début mai ! L’intérêt est dans la Marguerite de la soprano bulgare Sonya Yoncheva, qui y remplace Anna Netrebko.
Bien sûr, la direction du chef français Bertrand de Billy, très à l’écoute des chanteurs, est un atout, d’autant que – c’est la spécificité de cette maison et ce qui la rend unique au monde – l’Orchestre Philharmonique de Vienne est dans la fosse, avec ses cordes fabuleuses ou une clarinette solo superbe.

Dans la distribution, on peut entendre le Faust de l’excellent ténor polonais Piotr Beczala, timbre clair et interprétation stylée, le Méphisto du baryton-basse uruguayen Erwin Schrott, hélas comme toujours un peu lourdingue et sans élégance, et puis un très bon jeune baryton viennois, Adrian Eröd en Valentin.
Mais bien sûr c’est Sonya Yoncheva qui concentre  l’attention : elle a tout, le timbre, lumineux en même temps que sensuel, les phrasés, souples et nuancés, l’engagement ardent, la poésie aussi – en particulier dans le si bel air « Il ne revient pas », justement restitué, à l’initiative de Bertrand de Billy – la clarté de la prononciation, le sens dramatique (la scène finale, bouleversante). Transcendant un spectacle qui, sans elle, ne serait que routinier, Sonya Yoncheva montre qu’elle est non seulement une des plus belles voix d’aujourd’hui mais aussi une vraie star, qui rayonne et fait rayonner tout autour d’elle. Le public viennois lui a fait un triomphe à la première : elle le mérite, c’est déjà une grande.

Alain Duault

Faust de Gounod à l'Opéra de Vienne, jusqu’au 10 mai 2014


Crédit photographique © Javier del Real

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