© Jonas Kaufmann / Festival d'Erl
Pour se produire quelques heures sur scène, ce sont des semaines, voire des mois de travail qui auront été nécessaires aux artistes. Au sein du Festival d’Erl dont il assure la direction artistique, Jonas Kaufmann entend offrir un havre aux artistes au cœur des montagnes autrichiennes, conçu spécifiquement pour qu’ils puissent se consacrer pleinement à leur art.
En plus d’arpenter les scènes lyriques comme ténor, Jonas Kaufmann est aussi depuis 2024 le directeur artistique du Festival d’Erl, dans le Tyrol autrichien. Il vient d’en dévoiler la saison 2026-2027, mais aussi les très riches projets qu’il nourrit pour son festival, qui a vocation à devenir un havre pour les artistes, accueillis en résidence.
Erl, une « bulle artistique » pour les artistes
Erl est une petite commune du Tyrol, nichée dans les montagnes autrichiennes, isolée et qui vante son calme et sa quiétude. À certains égards, ce cadre peut apparaitre comme une contrainte pour le Festival : le lieu manque d'infrastructures logistiques pour accueillir tous les solistes, musiciens et autres membres des chœurs des distributions des grandes productions du festival – Jonas Kaufmann évoque notamment les grandes œuvres de Wagner. Le ténor entend néanmoins faire du calme d’Erl un atout : le Festival imagine un lieu d’accueil pour les artistes, mais qui ne se limiterait pas à un simple hôtel. Erl ambitionne à devenir ce que le ténor qualifie de « bulle artistique », une sorte de résidence pour artistes offrant un espace de travail spécifiquement conçu pour eux.
Le projet part d’un constat : de nombreux artistes internationaux passent d’une métropole à l’autre entre deux avions, mais selon Jonas Kaufmann, ils apprécient Erl pour son calme et y reviennent pour sa qualité de vie. Le Festival se dote donc d’un espace pour les y accueillir confortablement, faire en sorte qu’ils n’aient pas à se soucier de la logistique quotidienne (les repas prévus sur place, comme l’accès à des salles de répétition) et qu’ils puissent se concentrer exclusivement sur la musique.
La Premierenhaus d’Erl, un « laboratoire de rôles »
Jonas Kaufmann présente Erl comme un « sas de décompression » ou un « lieu de ressourcement » pour les artistes, au cœur des montagnes. Selon le ténor, les artistes confirmés pourront s’y installer, par exemple pour travailler de nouveaux rôles dans des conditions de répétitions longues et sereines. Il évoque l'exemple d'Irene Roberts qui doit chanter sa première Isolde dans une nouvelle production de Tristan et Isolde dirigée par Asher Fisch, l'année prochaine dans le cadre du Festival d'été d'Erl. C’est qui inspire le nom de ce nouveau lieu : la Premierenhaus, littéralement la « maison des premières » ou des « prises de rôles ».
Les travaux sont déjà en cours, une inauguration était envisagée pour cet hiver, mais Jonas Kaufmann confirme son ouverture pour Pâques 2027.
À terme, cette Premierenhaus doit devenir un « foyer international » pour les artistes venant du monde entier, où les jeunes talents pourront côtoyer de grandes stars internationales dans « un esprit communautaire », « loin de la pression habituelle des grandes maisons d’opéra ».
La « Jonas Kaufmann Competition » pour les jeunes artistes
En corolaire des nouvelles infrastructures d’Erl, Jonas Kaufmann annonce aussi la création d’un concours de chant destiné aux jeunes talents lyriques internationaux – la première édition est prévue à l’occasion du Festival d'été d’Erl 2027. Sobrement intitulé la Jonas Kaufmann Competition, ce concours vise à « identifier et accompagner les voix les plus prometteuses de la nouvelle génération ». Et la dotation est attractive : outre les traditionnelles récompenses de ce type de concours, les lauréats pourront se produire aux côtés de Jonas Kaufmann à l’occasion d’un concert – la promesse d’un bel éclairage au début d’une carrière.
Selon le ténor allemand, le concours résulte d’une volonté du festival de s’imposer comme « une plateforme de promotion pour les jeunes artistes », mais aussi du besoin de Jonas Kaufmann lui-même de transmettre son expérience de façon plus régulière que lors de masterclasses. Selon lui, « l'avenir de l'opéra et du théâtre musical dépend directement de l'émergence de jeunes voix de grande qualité » et toujours selon le ténor, « la magie de l'opéra ne peut opérer que si la qualité musicale est au rendez-vous, indépendamment du marketing ou de la mise en scène ».
Il entend donc manifestement contribuer à faire émerger de cette magie, que ce soit pour les solistes confirmés au sein de la future Premierenhaus d’Erl ou des jeunes interprètes à l’occasion de ce nouveau concours.
publié le 8 avril 2026 à 09h19X par Aurelien Pfeffer
08 avril 2026 | Imprimer
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