Discussion avec Juan Diego Florez

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La tournée promotionelle de son dernier disque consacré au répertoire français - qui l'aura emmené de l'Opéra de Marseille au Festpielehaus de Baden-Baden, en passant par l'Opéra Royal de Wallonie et l'Opernhaus de Zurich -, Juan Diego Florez l'achève à la Philharmonie de Munich, où nous avons pu l'approcher le temps de quelques questions.

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Opera-Online : Votre dernier enregistrement depuis ces quatre dernières années, L’Amour, est paru récemment. D'où vient cette fascination pour le répertoire français ?

Juan Diego Flórez : Ma voix a évolué au cours de ces trois dernières années. Le spectre de ma voix s’est élargi et elle a gagné en volume. J’ai dû procéder à des ajustements techniques suite à ses évolution, et ils m’ont permis d’explorer de nouveaux rôles, me procurant d’immenses satisfactions et me permettant d’élargir mes horizons artistiques. J’adore chanter en français, et les opéras que j’aborde maintenant, comme Romeo et Juliette, Werther ou Les Hugenots, me donnent vriament beaucoup de plaisir, que ce soit au regard de la richesse émotionnelle qu’ils véhiculent ou encore pour la musique fabuleuse de ces œuvres.

OOL : Votre voix est manifestement maintenant plus riche et plus mature. Votre virtuosité vous permet d’atteindre des notes toujours plus hautes, mais aussi une plus grande puissance émotionnelle. Partagez-vous cette analyse ?

Juan Diego Flórez : Heureusement, j’ai toujours des facilités et une agilité vocale qui me permettent de chanter encore la plupart des rôles virtuoso de Rossini ou Donizetti. J’en suis heureux, notamment parce que j’adore le belcanto, notamment rossinien : je serai bientôt à l’affiche de La Donna del Lago au Met et d’Otello à La Scala. Le fait que ma voix gagne maintenant en maturité me permet en effet de davantage colorer mon phrasé et de donner plus de force émotionnelle à mon chant.

OOL : Comment définiriez-vous votre voix ? Elle est certes puissante, mais aussi mâtinée de ce velours qui fait son charme. Comment appréciez-vous cette faculté de la voix humaine de transmettre une large palette d’émotions ?

Juan Diego Flórez : Il m’est difficile de définir ma voix. J’aime à penser qu’elle est d’abord un moyen de communication, et dans cette optique, avoir une large palette de couleurs vocales reste pour moi le meilleur moyen de m’exprimer...

OOL : Tout semble très facile quand vous chantez, mais vous avez sans doute aussi rencontré des difficultés. Quelles étaient-elles ?

Juan Diego Flórez : Quand on a un rhume, tout est difficile, mais ça ne m’arrive heureusement pas souvent. Quand ma voix est en bonne forme, tout va bien, et j’apprécie de chanter beaucoup. Rien n’est réellement difficile, mais tout nécessite toujours énormément de contrôle. Seules des notes comme un Do dièse et un présentent de réelles difficultés.

OOL : La voix humaine est fragile. Avez-vous déjà renoncé à un rôle pour ne pas mettre votre voix en péril ?

Juan Diego Flórez : J’ai refusé de chanter Rigoletto entre 2008 et 2012, avant de le reprendre à Zurich. Maintenant, je le chante avec beaucoup de plaisir. Ce n’était pas le bon moment, et j’ai toujours été très vigilant quant à mes prises de rôles.

OOL : Comment imaginez-vous votre carrière pour les dix prochaines années ?

Juan Diego Flórez : J’aimerai continuer à chanter le répertoire belcantiste et l’élargir chaque année avec de nouveaux rôles, comme je le fais actuellement. J’aimerai aussi continuer à me partager entre ma carrière de chanteur professionnel et mon travail avec les jeunes musiciens, et plus particulièrement ceux pour qui la musique est un réel enrichissement leur permettant d’envisager un autre avenir. C’est ce que j'essaye de faire depuis que j’ai fondé « Sinfonia por el Peru », en 2011. Au cours des dix prochaines années, j’aimerai accompagner des milliers d’autres enfants, en créant de nouveaux orchestres ainsi que des chœurs où ils pourront se développer - artistiquement et personnellement - grâce à la puissance de la musique. Je veux aussi créer une académie, en Europe, pour les chanteurs en passe de devenir professionnels, et y attirer les meilleurs d'entre eux depuis les quatre coins du monde, pour leur offrir la possibilité de développer ce qui leur sera réellement nécessaire pour faire une carrière internationale. Nombre d’académies ne parviennent qu’à déboussoler les étudiants ; les chanteurs devraient être pleinement conscients de leur corps et utiliser tout leur être pour produire de la musique...

Propos recueillis à Munich par Emmanuel Andrieu

Juan Diego Florez en récital à la Philharmonie de Munich - Le 15 décembre 2014

 

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