Une Femme sans ombre (et sans profondeur) à la Staatsoper de Hambourg

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Deux semaines après la Staatsoper de Berlin (qui reprenait la production de Claus Guth), c’est celle de Hambourg qui propose une (nouvelle) production de La Femme sans ombre (Die Frau ohne Schatten) de Richard Strauss. Réglée par le metteur en scène allemand Andreas Kriegenburg (à qui l’on doit l’actuel Ring de la Bayerische Staatsoper), la production est loin de soulever le même enthousiasme (lire notre compte-rendu berlinois), n’apportant rien de neuf à notre perception de l'extraordinaire livret écrit par Hugo von Hofmannsthal. Son travail se résume à illustrer l'action – nulle trace de relecture sociale ou psychanalytique ici ! – et à assurer au spectacle un déroulement sans accroc. Seule la scénographie (encore qu’elle n’ait rien de révolutionnaire…) retient l’attention, avec son ingénieux dispositif mobile (conçu par Harald B. Thor) qui visualise la bipolarité du monde d’en haut et celui d’en bas, jouant sur plusieurs niveaux entre le plateau et les cintres, et produisant quelques changements à vue impressionnants.

De la distribution vocale se détache en premier lieu (le public lui fait un triomphe aux saluts) le baryton polonais Andrzej Dobber – superbe Scarpia la saison dernière à la Semperoper de Dresde – qui campe ici un Barak viril et généreux, avec une voix solide et une belle présence scénique. Avec l’explosive Teinturière de Lise Lindstrom – de son côté saisissante Salomé à Lyon il y a deux ans –, ils forment un couple humain émouvant et crédible. Quelle générosité – fait montre la soprano américaine – dans les scènes de plaidoyers hystériques pour justifier son refus de la maternité ou quand il s’agit d’écraser de son mépris un époux compréhensif ! En comparaison, le couple impérial paraît bien terne. Emily Magee déçoit dès son entrée : cette ligne immatérielle et virtuose la dépasse visiblement, et elle escamote coloratures, trille et contre-. Malgré une voix sans éclat et une présence un peu fruste, son Impératrice finit néanmoins par s’imposer à partir du second acte, pour nous convaincre dans sa grande scène du III, il est vrai porté par le solo de violon inspiré de David Schulheiss. Seule vraie ombre (!) au tableau, L’Empereur du ténor italien Roberto Saccà, à cause d’une ligne de chant malmenée et un timbre qui perd toute suavité dans l’aigu. La Nourrice de Linda Watson n’a pas de mal à leur voler la vedette, et leur donne même une leçon de véhémence et de noblesse, deux qualités nécessaires aux grandes voix straussiennes. L’impact de son incarnation fait de ce personnage la clef de l’œuvre, une sorte de Brünnhilde démoniaque qui n’aurait pas pour but de réunir les amants mais de les séparer indéfiniment. Enfin, parmi des seconds plans tous excellents, on adressera une mention spéciale pour le Messager des Esprits du baryton roumain Bogdan Baciu.

Remplaçant Kent Nagano, annoncé souffrant, le chef allemand Axel Kober – directeur musical de la Deutsche Oper am Rhein – surprend par son analyse très fine du tissu orchestral : peu d’avalanches de décibels mais une recherche constante de la transparence, de la fluidité, de la mise en exergue des subtils duos et trios instrumentaux au sein de cette partition monumentale.

Emmanuel Andrieu

Die Frau ohne Schatten de Richard Strauss à la Staatsoper de Hambourg, jusqu’au 7 mai 2017

Crédit photographique © Brinkhoff/Mögenburg
 

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