L'Homme de la Mancha à l'Opéra Grand Avignon

Xl_mancha1 © Cédric Delestrade

Etrennée au Théâtre du Capitole de Toulouse pour les fêtes de fin d'année 2010, L’Homme de la Mancha du trio Darion/Wasserman/Leigh (mais donné ici dans la célèbre adaptation réalisée par Jacques Brel en 1968 pour le Théâtre de La Monnaie de Bruxelles) aborde les bords du Rhône, à l'Opéra Grand Avignon. Tout le monde connaît l’histoire de Don Quichotte, cet aristocrate désargenté mais au grand cœur qui combat des moulins à vent, dans un roman foisonnant issu de l’imaginaire du poète espagnol Miguel de Cervantès. Dans le musical américain, les aventures du chevalier à la triste figure sont jouées et racontées par Cervantès lui-même qui se retrouve emprisonné avec son valet Sancho Pança, dans l’attente de passer devant les tribunaux de l’Inquisition : voilà donc le public embarqué dans une étonnante mise en abyme, théâtre dans le théâtre, qui se veut aussi clin d’œil à l‘époque baroque. En attendant son jugement, Don Quichotte se voit contraint de divertir les autres prisonniers en imaginant une histoire épique et onirique, qui narre les aventures d’un gentilhomme campagnard, fasciné par les romans de chevalerie, parti défier « l’insupportable monde ». Tout comme Cervantès est enfermé dans un cachot, le personnage qu’il joue est muré dans sa folie, s’imaginant dans un sublime château lors même qu’il n’est que dans une modeste auberge, tombant amoureux d’une « damoiselle » qui n'est en fait qu'une vulgaire prostituée, ou combattant des géants malintentionnés qui s'avèrent de simples moulins à vent…

Premier atout du spectacle, la mise en scène conçue par Jean-Louis Grinda (décidément sur tous les fronts après son Ernani liégeois en septembre et sa Tosca monégasque le mois dernier) se révèle pleine de vie, inventive, poétique, aussi efficace que d’une parfaite lisibilité pour le spectateur. Imaginé par Bruno de Lavenère, un imposant décor semi-circulaire se transforme à vue et permet de passer de la scène de la prison à celle de l’auberge sans heurt aucun. Comme à son habitude, Jacques Chatelet règle de superbes éclairages jouant sur les clairs-obscurs, tandis que le fidèle David Belugou signe lui de splendides costumes chamarrés.

Confiés originellement à des artistes de Broadway (donc sonorisés), tous les rôles sont tenus ce soir par des chanteurs lyriques. On retient en premier lieu le toujours excellent Nicolas Cavallier, qui prête à Don Quichotte sa voix grave, bien timbrée et puissante, distillant toute l’émotion escomptée dans le fameux air de la Quête, « Rêver un impossible rêve ». La basse française se montre également comédien accompli, en endossant formidablement toute la démesure et le pathétisme de ce personnage à nul autre pareil. Tout aussi humain et convaincant, Rodolphe Briand incarne un Sancho Pança plus vrai que nature. Dans le double rôle de Dulcinea et d'Aldonza, la mezzo française Amaya Dominguez fait valoir une voix chaude et sensuelle, nous gratifie d'une diction très châtiée et s'avère par ailleurs superbe actrice. Les comprimari, très nombreux ici, seraient tous à citer, mais on en détachera néanmoins le Duc revêche de Jean-François Vinciguerra, la Duègne haute en couleur de Christine Solhosse, ou encore l'impayable Aubergiste de Frank T'Hézan.

Comme il y a cinq ans dans la fosse du Capitole, c'est le chef français Didier Benetti qui dirige l'ouvrage, cette fois à la tête d'un Orchestre Régional Avignon-Provence à qui cette musique – qui évoque à de nombreux moments l'Espagne - réussit parfaitement. Le public provençal ne boude pas son plaisir et réserve à l'ensemble de l'équipe artistique une ovation nourrie au moment des saluts.

Emmanuel Andrieu

L'Homme de la Mancha de Mitch Leigh à l'Opéra Grand Avignon, le 1er décembre 2015

Crédit photographique © Cédric Delestrade

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